jeudi 20 janvier 2011

L'univers de David Lynch, vrai ou faux?

Voici un petit extrait qui marque une étape dans l'évolution du réalisateur

19 commentaires:

Alinpi a dit…

L’univers de David lynch, vrai ou faux?

L’univers de Lynch apparaît vrai à mes yeux. Il est facile de le constater dans le film Elephant man, car il s’agit d’une histoire vécu. Lost highway semble être une histoire simple et banale (seulement après 15 minutes de visionnement),mais grâce au montage Lynch est capable d’amener le spectateur dans un univers mystérieux. Donc en résumé, les films de Lynch dont j’ai pris connaissance (Blue Velvet, Elephant man et Lost highway) partent d’un univers vrai et avec le montage il est capable de donner une grande complexité au long métrage. Ainsi, pour plusieurs, son univers peut paraître faux ou complètement dément.

Chloé Rousseau-Duchesne a dit…

Particulièrement dans cet extrait de Blue Velvet, on voit tout de suite que l’univers de Lynch «flirt» habillement entre le vrai et le faux. Il pousse l’idéalisation de la société américaine en la présentant comme elle nous a toujours été présentée : beau quartier de maisons modèles, gazon et fleurs aux couleurs vives à la limite du crédible, bonne humeur, bon voisinage, bref, le rêve américain. Mais Lynch amène cette idéalisation jusque dans la dérision, la rendant presque carrément surréaliste. Il utilise le montage invisible classique des grandes productions contre l’image propre et contrôlée présentée par le cinéma hollywoodien. Son montage des plans en ralentis et en fondus enchainés illustre le court fluide et sans problème de la «vie américaine» habituellement proposée par les grands studios. Le premier décrochage de cet univers idyllique se produit lorsque que l’on voit la femme à l’intérieur de la maison qui écoute la télévision, dans laquelle on voit une main tenant un revolver. Ce plan n’aurait jamais été présenté dans un esprit de valorisation du rêve américain. Par la suite, la manière de tourner et de monter la scène du malaise de l’homme qui arrose son gazon (déjà abusivement vert…) confirme la rupture et la prise de position de Lynch, qui a procédé ici de manière détournée. Il nous fait assister à la scène de loin, d’une manière complètement transparente, sans aucune prise de position ou emphase mis sur le dramatique de la scène. Seuls les éléments sonores appuient le drame. L’éloignement que nous force à prendre Lynch sur la scène est une critique cinglante de la froideur des films des grands studios, dans lesquels les mythes fondateurs ainsi que la vision de la société américaine sont savamment utilisés. Lynch joue donc particulièrement habillement avec son univers, le rendant à la fois vraie et à la fois faux, pour faire passer sa vision des choses. (311 mots)

Frédéric a dit…

Selon moi, David Lynch manipule très bien la réalité dans ses films. Je crois que dans chacun de ses films, il y a une représentation bien établi de la réalité (une représentation facilement observable et qui saute aux yeux), mais en même temps, un autre aspect qui sort tout-à-fait de l’ordinaire. Une petite partie de fantastique. Quand on visionne ses films, on peut très bien se sentir dans le film grâce à la réalité qu’il offre, mais en même temps, nous sommes dans un monde avec des particules de fantastique. Je crois que cela vient chercher beaucoup le spectateur. On ne vit pas qu’une simple expérience réelle et banale, mais une expérience qui semble réelle avec des éléments imaginaires en plus. Cette approche dans ses films le démarque beaucoup des autres dans le métier. Il combine ces deux éléments pour n’en faire qu’un. En conclusion, je trouve que l’univers de Lynch n’est ni vrai ni faux, mais unique! (158 mots)

Nellie a dit…

Je suis d’accord avec Chloé, l’univers de Lynch se place entre le réel et le surréel comme si l’espace entre ces deux mondes devenait très vague, ce qui amène le spectateur à se questionner sur la nature vraisemblable de l’histoire, voire du réel lui-même. Dans Blue Velvet, le contexte de l’histoire est un monde qui relève beaucoup de la caricature du modèle de vie bourgeois très typé et sans défauts, ou presque. On pourrait comparer cet univers avec l’univers de Edward aux mains d’argent, qui caractérise les banlieusards un peu de la même façon et on peut affirmer que l’univers de Burton est carrément surréaliste. Dans Lost Highway, Lynch est très loin du film réaliste. Le ‘’démon-homme’’ est un exemple du surréalisme de Lost Highway. ( voir l’extrait )

http://www.youtube.com/watch?v=yT2cJg8lut8

Ces histoires telles que Lost Highway et Blue Velvet caractérise bien le style surréaliste de Lynch.

Charles "Le tumultueux" Carrière a dit…

Je suis tout à fait d’accords avec le commentaire à Chloé. En effet, avec les couleurs abusivement vives qui composent les plans, la musique des années 50 et la mise en scène à la limite du ridicule, nous voyons que Lynch fait une grosse caricature d’un petit quartier tranquille des États-Unis de manière tout à fait réaliste. Car en ce sens, il y a une bonne grande nuance entre la vraisemblance et le réalisme et je trouve que cet extrait est tout à fait réaliste mais aucunement vrai.

Je m’explique; avant que l’homme n’ait un malaise, nous pouvons voir des inserts du boyau d’arrosage à deux endroits différents. Un où l’eau en sort, un autre où il y a un nœud. Nous voyons seulement ensuite que l’homme a un malaise et tombe. Quel est le lien à faire avec c’est trois plans? J’y ai réfléchit et j’en suis venue à une conclusion et vous me direz se que vous en pensez.

Je crois que Lynch a voulut faire des inserts du boyau d’arrosage comme une sorte de présage. Nous voyons dans l’extrait que l’homme se prend le cou pendant qu’il tombe, je pense donc que le réalisateur voulait faire une sorte de transposition avec l’aorte de l’homme (ou la jugulaire vous m’excuserai un jour pour mon manque de connaissance en anatomie) qui se coince ou qui se sectionne ce qui lui cause son malaise.

L’utilisation de ce genre de technique rend, à mon avis, la scène carrément invraisemblable mais elle reste quand même réaliste. C’est un jeu que Lynch semble très bien maitriser, ajoutant de la couleur dans les propos qu’il essaie de véhiculer à l’aide de ces scènes, il parle sans vraiment parler et c’est ce qui fait la beauté de ses films.

alexandra a dit…

Il est évident que Lynch s’amuse avec le surréalisme, il nous est permis de le constater dans plusieurs extraits de ses réalisations mais notamment et particulièrement dans cet extrait de Blue Velvet. Il permet au spectateur, selon moi, de décider lui-même s’il s’agit de réalisme ou de surréalisme étant donné que ce sont des images auxquelles nous pourrions croire puisque c’est le genre d’images que l’on est habitué de «gober». Le quartier tel que Lynch le montre, semble tout droit sortit d’une publicité mais ce sont le genre d’images que nous lancent les américains alors, inconsciemment, habituellement, on y croit. Par contre, le montage que Lynch présente, avec les couleurs vives, le plan dans l’herbe, le boyau d’arrosage et l’homme pris d’un malaise semble exagérer et donne à ces images de « perfection » un semblant de ridicule et d’exagération permettant au spectateur de se rendre compte de la critique que Lynch fait lui même du cinéma hollywoodien tel qu’on est habitué de le voir.

Antoine a dit…

Je suis de l’avis de Charles pour ce qui est de la question du réel. C’est l’angle que prend Lynch pour observer une réalité qui diffère avec la vision que les gens ont habituellement de leurs quotidiens. La réalité n’est pas manipulée par contre. Elle est exagérée dans la composition des plans ou dans les coïncidences qui peuvent se produire par hasard si on prend l’exemple du boyau. Lynch manipule le hasard et la probabilité plus que le réel ou le vrai. Bien sur il n’est pas un exemple de vérité absolu en fait la vérité absolue au cinéma est impossible. Quand on écoute un film les personnages ne sont pas vrais c’est une stimulation de la rétine et du tympan qui est interprété par le cerveau. Pour qu’un film soit vrai il faudrait que les personnages soit vrais que l’espace soit vrai que tout soit vrais. En fait pour qu’un film soit vrais il ne faudrait pas qu’il y ais d’écran, il faudrait explorer un monde non manipulé et il faudrait dialoguer avec des gens qui peuvent agir de façon aléatoire. Dans tout film il y a une part de mensonge ce qui n’enlève pas pour autant au réalisme de celui-ci (202 mots)

Julie R.chinois a dit…

Il est clair que l’univers dans lequel David Lynch créer est très fictif et est inspiré de la réalité. Blue Velvet me fait surtout penser à l’idéalisation de la société et au « American Dream » tel que Chloé a mentionné plut haut. De plus, je trouve que Lynch utilise plus la réalité dans Lost highway. Je m’explique, je trouve que l’histoire semble plus terre à terre; un homme marié à une femme ou leur couple va plus ou moins bien, ils se sentent espionné. Tandis que dans Elephant man on peut percevoir que la fiction est plus présente.
Je suis tout à fait d’accord avec Mlle Biron qui amène un point sur le fait que c’est au spectateur de juger si pour lui le film est vrai ou faux. C’est un peu à la manière de Bazin. Celui-ci laisse libre le spectateur de porter son regard où bon lui semble.

David Laliberté a dit…

À mon avis, l’univers de David Lynch m’apparaît vrai au niveau où, nous pouvons différencier le ridicule du réel. Le fait d’utiliser des couleurs aussi vives n’est pas mauvais en soi puisque cela est tout à fait crédible et complètement dénonciateur de la perfection que certain tente d’avoir dans des quartiers comme nous pouvons voir dans Blue Velvet Opening. Un monde parfait d’habitudes nous est montré à l’écran et tout le monde trouve ça cliché, mais acceptable. C’est alors par ce film que Lynch illustre son désir du changement. Il bouscule la routine comme il bouscule les conventions. Il élabore donc au départ un climat confortable et entrainant pour ensuite, donner le coup de grâce et imbriquer sa prise de position dans son histoire.

David Laliberté a dit…

(124 mots)

Amanda a dit…

Vrai ou faux… la barrière entre la vérité et fictive dans les films de David Lynch est assez dure à différencier. Il est certain que dans Elephan man, le film comporte une grande partie de la réalité, car ce film est basé sur la véritable histoire de Joseph Merrick. Par contre dans le film Lost Highway, l’homme étrange qui apparaît soudainement nous éloigne de la réalité. Même dans la première partie du film, nous pouvons nous douter qu’il y a quelque chose qui cloche sans trop ne savoir vraiment la provenance. L’ambiance est lourde, et le spectateur le ressent très bien. Il y a des petits moments où il ne se passe pas grand-chose, mais malgré cela, il y a des petits frissons qui me montent dans le dos, car il y a une appréhension qui se passe. Un pressentiment que quelque chose va se produire bientôt. (148)

Maxime Bisson a dit…

L’univers de David Lynch, dans cet extrait s’inspire du vrai, cependant, il nage plutôt dans l’improbable, jonglant avec le vrai et le faux, comme par exemple, le petit quartier de banlieue tranquille avec l’homme qui arrose sa pelouse, les enfants qui vont a l’école, on dirait que tout est parfait, trop beau, plastique même, puis soudain, on a un plan sur un valve qui fuit. C’est à ce moment qu’il y a rupture, cette fuite brise l’illusion de la perfection, peu après, l’homme qui arrosait s’effondre au sol, comme frappé par une espèce de crise, avec pour seule aide, une chien et un bébé. Cette scène se rapproche beaucoup plus de la réalité, en cherchant à montrer que l’aide n’est pas toujours là quand on en a besoin. Puis l’impression de propreté donnée de cet endroit est complètement détruite par un gros plan sur des insectes en activité.

David Lynch nous donne une vision du rêve américain, avec des gens heureux, des maisons bien entretenues. Puis viens créer une brèche avec le robinet qui coule avant de complètement détruire l’image donné au départ (Probablement avec un plaisir malsain)

Bref durant l’extrait, sont univers passe du faux, l’artificiel, et oscille vers quelque chose de plus terre à terre, improbable certes, (les chances doivent être assez faible de se casser le cou en arrosant son gazon) mais tout de même moins happy world, donc plus vrai, sans toutefois être trop terre a terre. (241 mots)

Yannick Plourde a dit…

S’interroger sur l’existence d’une réalité me paraît futile puisqu’il n’y a aucune réponse satisfaisante.

Du point de vue du spectateur, l’univers de Lynch est faux, car ce n’est pas la réalité, c’est une fiction, un mensonge. Pire encore, dans Lost Highway le vieil homme louche est beaucoup trop surréel pour apparteniràu domaine de la vétiré.

Il est vrai que cet univers est vraisemblable (le montage invisible va même aller dans ce sens) il est parfois même tiré de faits réels comme Elephant Man, mais ce n’est pas une vérité absolue puisqu’il y a des manipulations (c’est un film après tout).

Pourtant, pour les personnages de ses films, ainsi que de tous les films d’ailleurs, la vérité de l’univers est incontestable. Dans Blue Velvet, certains mythes fondateurs sont abordés et les personnages semblent y croire (même un peu trop, comme le souligne Chloé) alors qu’il est évident que ce n’est pas ça la réalité!

Alors je suis d’avis avec les personnes qui disent que l’univers de Lynch frôle la vérité dans son mensonge, mais cette vérité n’est pas pour nous : elle est pour ceux qui y vivent. Peut-être notre réalité n’est que le mensonge d’une autre forme de vie…

(180 mots)

Stéphane Lessard a dit…

Si c’est vrai, si c’est faux selon moi ce n’est pas important, c’est comment c’est présenté qui l’est. Oui ici bien sûre il nous présente la banlieue américaine idéalisé, mais est-ce que ce l’est vraiment, car j’ai moi-même déjà vu des personnes arroser leurs terrains même si il est déjà bien vert comme un terrain de golf. Sinon on voit des enfants traverser la rue bien normalement. Belles maisons, peut-être que c’est un quartier de riche. L’exagération vient peut-être du pompier qui passe et qui fait des signes de la main, moi personnellement quand les pompiers sortent c’est parce qu’il a feux, fais que les petits salut aux civils ils n’ont pas le temps.

Sinon je suis d’accord avec Charles sur le fait du tuyau qui serait comme une prolepse du malaise de l’homme. Car si c’est le cas il faut le voir. Mais je ne suis pas prêt à parier là-dessus surtout que après ont voit dans le gazon un trou où il y a des insectes. Pis je me dis qu’il s’est peut-être fait piquer dans le cou et vu que certaines personnes sont très allergiques aux piqures d’insectes. (Sinon en passant je ne sais pas c’est quoi tu visais Charles, mais l’aorte est l’artère principale du cœur qui se situe un peu loin de la du cou, mais les jugulaires serait possible parce que se sont les veines qui passent de chaque coté du cou.)

Alors portons-nous jugement trop vite ou tout simplement comme vous l’affirmer il nous donne une image idéalisé. Mais selon moi dans l’ensemble c’est surtout la musique qui vient donner l’effet du rêve américain, car si il y avait eu que les bruits normaux de la vie l’effet n’aurait pas été pareil. (288 mots)

Julie Chinois a dit…

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’idée de Stéphane, car à mon avis ce n’est pas seulement dans le fait que ces personnes arrosent leur pelouse ou encore le fait qu’on y montre des belles grosses maisons, mais plutôt dans la manière dont tous ces éléments y sont présentés. La manière de faire comprendre à l’auditoire que tout cela est du rêve et de le faire désirer. Visuellement les images sont très belles et très bien montées afin de créer l’idéalisation. J’aime surtout le passage ou on y voit le tuyau d’arrosage partir de tous les côtés je le tellement beau.

Aussi, je crois que la musique aide bien à ce mettre dans l’ambiance mais elle ne fait pas tout le travail. De mon point de vue, je crois que c’est de loin la façon de monter; lorsqu’on voit l’homme arroser sa pelouse ensuite un plan sur les fleurs jaunes. Tout est beaux dans cette séquence, tout a l’air agréable. (163 mots)

Nellie a dit…

Je crois que, comparativement à Lost Highway, Elephant Man est beaucoup plus près du documentaire-fiction que de la fiction surréaliste car l'histoire et réel et l'univers que Lynch crée tend vers le réalisme. Le montage simple, classique et invisible vient appuyer ce style réaliste. Pour ma part, je ne croyais pas qu’Elephant Man était basé sur une histoire vraie. C'est pourquoi je trouvais au départ cette histoire plus près de la fiction que du réel. Pour ce qui est de Blue Velvet, je crois que le portrait du petit quartier de banlieue est de l'ordre du surréalisme car c'est plus que la réalité, c'est une réalité caricaturée. Le montage aide grandement à cette caricature car elle ne présente que de belles choses dans une ambiance ensoleillée. C'est la succession de belles choses parfaites qui forment cette caricature, avec une musique qui vient ajouter à cette caricature. Dans Lost Highway, je crois que les vidéos et le petit démon-homme est de l'ordre du surréalisme. Ce qui est complexe à caractériser est le vrai sens du terme surréalisme.

alexandra a dit…

Je répondrai à tout ça qu’il est évident de devoir se pencher sur la manière dont le tout nous est présenté puisque l’on parle d’un film. Et d’ailleurs, Lynch tente justement de nous présenter des images telles que l’on est habitué d’en voir mais personnellement, dans mon quartier de banlieue, les maisons n’ont pas des gazons aussi verts. Peut-être bien que s’il elles en avaient les gens passeraient quand même leur temps à les arroser et parallèlement à ça, peut-être que si les gazons ne sont pas aussi verts c’est parce que les gens ne passent justement pas leur temps à les arroser! Mais là n’est pas la question,
Pourquoi rassembler en une même scène tous les éléments clichés qui nous laisse croire en une banlieue parfaite où les gens sont heureux et s’envoient la main, populisme et melting pot, by the way. Des images telles que l’on est habitué d’en voir mais pas dans la réalité, à moins qu’on n’ait pas tous la même réalité. Mais des images qu’on se fait lancer et qu’on prend pour du cash, pour de la réalité, un espoir peut-être... mais, personnellement, le gazon trop vert je trouve ça laid. Enfin, tout ça pour dire que si Lynch ne nous présente pas cette illusion de manière à critiquer et à jouer entre le réel et le surréel, il se sert des mythes fondateurs de l’Amérique de manière excessive. J’ai plutôt l’impression qu’il laisse aux spectateurs le choix de croire ou non en ce faux bonheur trop plein de couleurs et de gazon vert!

Michaël a dit…

Je crois que l’univers de Lynch est vrai, mais il adore faire croire aux spectateurs qu’il est faux. Dans l’extrait de Blue Velvet, le quartier est beau et tranquille. L’herbe est verte, les maisons propres et jolies, les enfants sont calmes et vont à l’école, le quartier rêvé quoi. Comme Chloé le mentionne c’est l’idéalisation de l’environnement américain qu’on nous a toujours présenté. Est-ce vrai ou l’exagération pousse au faux? Toujours dans l’extrait, un homme arrose sa pelouse et plus le temps avance plus le boyau se coince et puis l’homme bascule, victime d’un malaise. Si on suit les images du boyau on comprend que l’homme a eu un malaise, comme Charles l’a mentionné, mais le montage montre des insectes noirs dans l’herbe par après. L’histoire n’est pas fausse, mais elle le paraît à première vue. Dans Elephant Man, on pourrait s’attendre à voir un homme muni d’une trompe puisque le titre dit que c’est un homme éléphant. On est poussé à croire que l’histoire est fausse pendant qu’elle est vraie. Dans Lost Highway, le couple normal est dérangé par la réception de cassettes VHS montrant leur maison de l’extérieur et de l’intérieur. L’intrigue est établie. Le qui, le pourquoi et le comment font leur entrée en même temps. Tout de suite on se demande si c’est possible. Est-ce que ça peut arriver chez moi? C’est le but de Lynch que le spectateur se pose ces questions. Il adore mettre des effets de faux pour froisser son univers vrai sans toutefois le détruire.

oli a dit…

Je ne suis plus dans ce cours et personne ne lira sans doute jamais ceci mais juste pour la beauté de la chose, parce qu'en revisitant mes anciens liens je tombe sur une question aussi intéressante, je vais donner mon opinion...parce que j'aime un peu trop ça.

De toute évidence, dans la scène d'ouverture de Blue Velvet, David Lynch nous présente un univers de fausses apparences. La gaieté des couleurs vives, le quartier tranquille, les fleurs aux couleurs du drapeau américain, la sécurité représentée par le camion de pompier et la brigadière, l'homme souriant, un jeu d'ailleurs fort maniéré qui sue l'inauthenticité, le chien, le bébé, tous les clichés y passent.

Une dame boit le thé en regardant à la télévision un polar, parce que les fusils sont l'affaire de la fiction. Le film nous montrera toutefois que le crime et la corruption sont beaucoup plus proches que ne l'imagine cette dame, et que cette banlieue typique cache un univers sordide tous comme le gazon le plus vert cache des insectes grouillants tel qu'on nous le montre à la fin de cette séquence d'ouverture.

Vrai ou faux? C'est la question que Lynch nous pose dans nombre de ses oeuvres. Si quelqu'un a réussi à rattacher toutes les scènes d'Inland Empire à un récit premier, une réalité autour duquel s'organiserait tout le reste, qu'il m'en fasse part, parce qu'en ce qui me concerne j'ai peine à m'y repérer, ne sachant même jamais si je me trouve devant un flash-back, un rêve, une mise en abime, qui imagine quoi? qui regarde quoi? qui est qui? A s'emboîte-t-il dans B ou B dans A? Bref, difficile de déterminer où se trouve la réalité?

Et avant même de s'interroger sur le vrai et le faux dans le cinéma de Lynch, il aurait été judicieux de définir d'abord ce qu'est le vrai au cinéma. Le cinéma n'est-il pas par définition un art de l'illusion? Lynch nous le rappelle à plusieurs reprises, entre autres dans Mulholland Drive avec la fameuse scène du Silencio. Il n'y a pas d'orchestre, tout est enregistré. C'est un peu la même chose au cinéma : tout ce que vous voyez, c'est un écran bi-dimentionnel sur lequel est projeté un faisceau de lumière traversant une pellicule sur laquelle se retrouve l'empreinte lumineuse de ce qui s'est retrouvé devant la caméra au tournage, c'est à dire, dans un film de fiction, la mise en scène d'un scénario préalablement écrit : des acteurs qui récitent des dialogues, des décors sélectionnés ou même construits, des costumes. Il y a aussi tout l'équipement, l'éclairage, la perche, qu'on ne voit pas à l'écran mais qui participe à l'illusion. Et ce qu'on voit dans le film final n'est pas non plus l'intégralité de ces pellicules qui ont été coupées et assemblée pour créer une temporalité au récit. Le son, quand à lui, est bien souvent enregistré indépendamment de l'image puis synchronisé à posteriori. Il ne s'agit pas là d'une description exacte de la production cinématographique, de toute évidence, mais le point est que tout film part d'une série d'illusion. Dans cette optique, un cinéma comme celui de Lynch, qui intègre l'illusion au récit-même, peut être considéré comme vrai puisqu'en un sens il tente moins de nous mentir qu'un film qui prétend représenter le réel.