mercredi 28 avril 2010

montage vs subjectivité

Ce qui est assez singulier dans ce film, c’est qu’on, suit, on regarde, un personnage qui lui-même regarde.
Dans l’extrait du tennis, par exemple, le montage alterne entre le personnage qui se promène dans le parc calmement et la bande de jeunes excentriques qui arrivent, jusqu’à ce qu’ils se croisent, que les jeunes commencent à soulever l’intérêt du protagoniste qui d’abord est intrigué, puis amusé, et finit par embarquer dans le jeu. À se moment, la caméra se met à suivre le mouvement de la balle imaginaire, la traitant ainsi, bien qu’elle n’existe pas dans la narration, un objet qui existe dans le film en tant que tel. Ceux qui ont vu le film au complet savent que tout au long, le rapport entre l’image et la réalité y est interrogé. Cette scène est en fait la scène finale du film qui pose clairement la question : la balle n’existe pas en tant que tel, comme d’ailleurs tout le reste du film puisque c’est une fiction, mais comme le montage prétend qu’elle existe, ne devient-elle pas aussi réelle que tout le reste? Plus clairement, le montage ici s’interroge sur la réalité objective et la vision subjective que chacun en a. Existe-t-il vraiment une objectivité puisque chacun a sa vision subjective, celle du personnage que le montage traduit lorsqu’il s’aligne sur celui-ci, cette de chaque spectateur qui regarde le film lorsque le montage se fait plus neutre, comme lorsqu’on voit les jeunes jouer mais sans suivre la balle.
On retrouve cette même relation à la subjectivité dans la scène du concert dans laquelle le protagoniste se promène parmi une foule. Toutes les personnes présentes sembles presque hypnotisées par le concert, alors qu’on suit le personnage, seul être en mouvement, qui semble ne pas se soucier le moins du monde de ce qui se produit sur scène. Le point d’intérêt de la scène est d’abord le public lui-même, étrangement immobile, puis le protagoniste se trouve une place parmi la foule, s’immobilise, se joint à celle-ci, et le point d’intérêt se tourne vers la scène ou soudainement un musicien brise sa guitare. Juste au moment ou le protagoniste s’intéresse aux musiciens, le montage nous amène à nous y intéresser aussi et comme par hasard à ce moment précis il se passe quelque chose d’intéressant, comme si le fait que le montage s’intéresse à un élément provoque de l’action. On retrouve donc encore cette relation au regard et à la fiction, puisqu’un film est une fiction dans laquelle le regard du spectateur est dirigé par le montage, on doit prendre pour acquis que ce qu’on regarde est toujours ce qu’il y a de plus intéressant, ce qu’il faut regarder.

En bref, le montage chez Antonioni va a l’encontre de la théorie de Bazin puisque l’œil du spectateur y est dirigé, il suggère un point d’intérêt et laisse entendre qu’il ne peut en être autrement. Le montage dans le film d’Antonioni prend la place de la subjectivité d’une personne qui se promène et observe dans la réalité, qui lui-même en quelque sorte fait un montage de la réalité puisque comme il ne peut pas tout voir, il choisit ce qu’il regarde, il y limite sa réalité propre.

Le septième art, ça peut donc être ce geste de l’artiste de choisir une réalité à laquelle il limite son film, qui crée une autre réalité plus ou moins calquée sur la nôtre mais qui est limitée à ce qui en est montré. L’art serait une vision subjective de la vie, la vie interprétée. C’est concrétiser une interprétation qui a été faite par un artiste, et qui est à son tour soumise à une interprétation de la part du spectateur.


Olivier

3 commentaires:

Marc-Antoine a dit…

C'Est incroyable de voir comment le cinéma dans les années 70 était à ce point intelligent. Maintenant il ne stimule plus à ce point les facultés intellectuels mais bien nos émotions du moment . Je crois qu’avec des films comme Avatar nous sommes loin de ce qu’Antonioni

oli a dit…

En fait Blow up est un film des années 60, et je ne suis pas tout à fait d'accord avec le fait que le cinéma maintenant ne stimule plus les facultés intellectuelles. Almodovar, Von Trier, Haneke, Lynch, et pleins d'autres, il y a encore du cinéma d'auteur très intelligent, et à l'époque il y avait aussi du cinéma de divertissement, c'est simplement que les films que l'histoire a retenu sont les films intelligents, pas forcément ceux qui ont connu un succès public, ou peut-être bien qu'à l'époque le cinéma d'art était plus à la mode.

Maude a dit…

Je crois qu'Olivier a raison. Le montage dans l'extrait de tennis montre que le montage peut aller plus loin que le réel. Il n'y a clairement pas de balle mais lorsqu'on regarde l'extrait on pourrait quasiment dire ou cette balle est rendue et nous nous surprenons à la croire véritablement. Le montage sert en fait à rendre une partie d’une histoire qui n’est pas nécessairement véridique ou qui n’existe pas et le rend réaliste. Il peut aussi servir à attirer l’attention d’un spectateur sur un détail ou sur une partie qu’il n’aurait peut-être pas remarquée sans le montage ou moins.